En 2016, j’ai participé à un reportage de TVA Nouvelles intitulé « Pouvez-vous effacer votre passé sur Internet? »
À l’époque, la gestion de réputation en ligne tournait surtout autour d’une question : qu’est-ce qui apparaît dans Google lorsqu’on cherche votre nom ou celui de votre entreprise?
Dix ans plus tard, cette question est toujours pertinente. Mais elle n’est plus suffisante.
Aujourd’hui, il faut aussi se demander :
Qu’est-ce que l’intelligence artificielle raconte sur vous?
Pendant longtemps, gérer sa réputation numérique consistait principalement à surveiller les premières pages de Google.
Un article négatif, un vieux commentaire, une mauvaise critique ou une information embarrassante pouvait parfois être repoussé plus loin dans les résultats grâce à du contenu plus récent et plus pertinent.
Le principe était relativement simple : les gens effectuaient une recherche, regardaient quelques résultats et se faisaient leur propre opinion.
L’intelligence artificielle change cette dynamique.
Une personne peut maintenant demander à ChatGPT, Gemini ou à un moteur de recherche utilisant l’IA :
« Que sais-tu de cette entreprise? »
« Est-ce une compagnie fiable? »
« Que pensent les clients de ce service? »
« Quelles entreprises me recommandes-tu à Montréal? »
Au lieu de consulter dix ou vingt pages, l’utilisateur peut recevoir en quelques secondes une réponse qui rassemble et interprète différentes informations.
ChatGPT peut aujourd’hui rechercher le Web et intégrer des sources récentes dans ses réponses. De son côté, Google explique que ses fonctions comme AI Overviews et AI Mode peuvent effectuer plusieurs recherches connexes et consulter différentes sources afin de construire une réponse. Google for Developers
C’est probablement le changement le plus important.
Votre site Web demeure essentiel, mais il ne représente qu’une partie de votre identité numérique.
Les moteurs et outils d’IA peuvent rencontrer votre entreprise à travers votre site, des articles de presse, des profils professionnels, des répertoires, des forums, des publications sociales, des fiches d’entreprise et différentes formes de commentaires publics.
L’article récent de Global Student Living résume bien ce phénomène : dans leur secteur, l’IA peut assembler une image d’une organisation à partir d’informations réparties sur plusieurs endroits du Web plutôt que de se limiter au site officiel. Les auteurs insistent toutefois sur un point important : personne ne peut garantir exactement ce qu’un modèle d’IA dira ou attribuer une réponse particulière à une seule source. GSL Global
Autrement dit, votre réputation numérique devient la somme de beaucoup plus de choses qu’avant.
En référencement traditionnel, on cherchait beaucoup à être trouvé.
Avec l’IA, il faut aussi chercher à être compris correctement.
Supposons qu’une entreprise existe depuis 25 ans, offre un excellent service et possède une clientèle fidèle.
Si son site contient très peu d’information, que ses profils ne sont pas à jour et qu’on trouve surtout quelques vieilles discussions ou des renseignements contradictoires ailleurs sur le Web, l’IA dispose d’un portrait incomplet.
À l’inverse, lorsqu’une entreprise possède une présence numérique claire, cohérente et régulièrement mise à jour, les systèmes disposent de davantage d’information pour comprendre qui elle est, ce qu’elle fait et dans quel contexte.
Google recommande d’ailleurs toujours les mêmes bases : du contenu utile et original, facilement accessible, une bonne structure de site et des renseignements à jour. Google précise également qu’il n’existe pas de balise magique ou de technique spéciale garantissant une présence dans ses réponses générées par l’IA. Google for Developers
Ça me rappelle énormément ce que je disais déjà lorsque je travaillais en gestion de réputation :
il n’y a pas de truc magique.
Il serait tentant de répondre à cette nouvelle réalité en produisant des centaines de pages avec l’IA.
Je pense que ce serait une erreur.
Ironiquement, plus Internet contient de contenu généré automatiquement, plus le contenu provenant d’une véritable expérience devient intéressant.
Une histoire réelle.
Une expertise développée pendant vingt ans.
Un reportage dans un média reconnu.
Un projet réalisé avec un client.
Une étude de cas.
Une entrevue.
Une opinion basée sur une expérience personnelle.
Google dit d’ailleurs explicitement privilégier du contenu qui apporte une expérience et un point de vue uniques plutôt que du contenu qui se contente de reformuler ce qui existe déjà ailleurs. Google for Developers
C’est là qu’un vieux reportage de télévision, un article publié il y a dix ans ou une entrevue dans un journal peuvent prendre une nouvelle valeur.
Ce ne sont plus seulement des souvenirs numériques.
Ce sont des éléments qui contribuent à documenter une histoire.
Le reportage de TVA Nouvelles auquel j’avais participé portait justement sur la difficulté d’effacer certaines informations du Web.
Le constat demeure vrai.
Mais en 2026, j’ajouterais quelque chose :
Internet n’oublie pas, et maintenant l’intelligence artificielle aide à relier les morceaux.
Une information publiée il y a plusieurs années peut côtoyer une nouvelle page Web, des commentaires récents et d’autres sources lorsqu’une IA tente de répondre à une question sur une personne ou une entreprise.
Ce n’est donc plus seulement une question de faire disparaître ce qui nous dérange.
Il faut surtout construire suffisamment de contenu crédible pour que le Web présente un portrait complet, actuel et représentatif de ce que nous sommes aujourd’hui.
Pendant des années, les entreprises ont demandé :
« Est-ce que je suis premier dans Google? »
La prochaine question sera probablement davantage :
« Lorsque quelqu’un demande à une IA qui je suis, que répond-elle? »
Et surtout :
« Est-ce que cette réponse représente vraiment qui je suis? »
C’est là que la gestion de réputation numérique prend une nouvelle dimension.
On ne travaille plus uniquement pour les moteurs de recherche.
On travaille pour les humains qui les utilisent… et pour les systèmes d’intelligence artificielle qui interprètent maintenant le Web pour eux.
Pour ton site personnel, j’aime particulièrement ce titre :
Avec comme sous-titre :
En 2016, je parlais à TVA Nouvelles de réputation sur Internet. Dix ans plus tard, ChatGPT, Gemini et les moteurs génératifs changent complètement la façon dont notre réputation numérique est construite.