En 2017, le Journal de Montréal publiait un article intitulé « Nettoyer sa réputation sur les réseaux sociaux » dans lequel j’étais interviewé comme consultant en référencement SEO.
À l’époque, la question était principalement de savoir ce qu’un employeur, un client ou simplement une personne curieuse pouvait découvrir en cherchant votre nom sur Google.
Presque dix ans plus tard, les réseaux sociaux sont toujours là.
Google aussi.
Mais un nouvel intermédiaire est apparu : l’intelligence artificielle.
Aujourd’hui, quelqu’un peut demander à ChatGPT ou à un autre moteur utilisant l’IA :
« Qui est cette personne? »
« Que peut-on trouver sur cette entreprise? »
« Quelle est sa réputation? »
« Est-ce qu’elle possède de l’expérience dans ce domaine? »
Cela change tranquillement les règles de la réputation numérique.
Dans l’article du Journal de Montréal, j’expliquais qu’un article provenant d’un grand média, ayant beaucoup circulé et publié sur un site faisant autorité pouvait être extrêmement difficile à faire disparaître des résultats de recherche. Guide Sabbatique
La solution n’était donc pas toujours d’essayer d’effacer l’information.
Il fallait parfois créer suffisamment de contenu pertinent autour de la personne pour remettre l’information dans son contexte.
Site Web.
LinkedIn.
YouTube.
Facebook.
Instagram.
Articles.
Profils professionnels.
Déjà en 2017, l’objectif était de laisser davantage de traces positives et pertinentes sur Internet.
Aujourd’hui, cette stratégie prend une nouvelle dimension.
Pendant des années, notre réputation numérique commençait souvent par une recherche Google.
On tapait un nom.
On consultait les premiers résultats.
On ouvrait LinkedIn, Facebook, quelques articles et peut-être une vidéo.
Puis on se faisait une opinion.
Avec les moteurs d’intelligence artificielle, une partie de ce travail peut maintenant être effectuée automatiquement.
ChatGPT peut rechercher des informations récentes sur le Web et intégrer des sources directement dans sa réponse. OpenAI explique également que les sites Web publics peuvent apparaître dans les résultats de ChatGPT Search lorsqu’ils sont accessibles à son moteur de recherche. OpenAI Help Center
Google fait quelque chose de semblable avec AI Overviews et AI Mode, qui peuvent présenter et relier différentes sources provenant du Web. Google précise d’ailleurs que les principes traditionnels du SEO restent importants pour apparaître dans ces expériences d’IA. Google for Developers
Cela signifie que notre présence numérique ne sert plus seulement aux personnes qui cliquent sur des liens.
Elle peut aussi fournir du contexte aux systèmes qui répondent à leurs questions.
On pense souvent à sa réputation professionnelle comme à son CV ou son profil LinkedIn.
En réalité, Internet raconte beaucoup plus.
Une personne peut avoir un excellent profil LinkedIn, mais également laisser derrière elle :
des publications Facebook publiques datant de plusieurs années, de vieux commentaires, des entrevues, des photos, des vidéos YouTube, des mentions dans les médias, des avis ou encore des pages oubliées d’un ancien site Web.
Pris individuellement, chacun de ces éléments peut sembler sans importance.
Ensemble, ils constituent ce qu’on appelle communément une empreinte numérique.
Et c’est précisément cette accumulation d’informations qui devient intéressante avec l’intelligence artificielle.
C’est probablement le changement le plus important.
Autrefois, il fallait faire le travail soi-même.
Trouver un article.
Retourner sur Google.
Chercher un profil LinkedIn.
Consulter une autre source.
Aujourd’hui, les outils de recherche utilisant l’IA peuvent parcourir différentes sources et produire une réponse synthétique.
Ils ne disposent pas nécessairement de tout ce qui existe sur les réseaux sociaux — plusieurs plateformes limitent l’accès à certaines informations — mais une grande quantité de contenu public demeure accessible sur le Web.
Une vieille entrevue peut ainsi côtoyer une page récente de votre site, une biographie professionnelle ou un article publié plusieurs années plus tard.
L’IA ne fait pas seulement chercher de l’information. Elle aide à la mettre en relation.
C’est l’un des éléments de mon entrevue de 2017 qui demeure particulièrement actuel.
Lorsqu’une information négative est vraie, publique et publiée sur un site crédible, il n’est pas toujours possible de simplement la supprimer.
Dans certains cas, le meilleur moyen de reprendre le contrôle de sa présence numérique consiste à ajouter du contexte et à construire une identité Web plus complète.
Ça peut vouloir dire publier une présentation professionnelle actuelle, documenter son expérience, montrer des projets réalisés, publier des articles sur son domaine d’expertise ou rendre ses différents profils cohérents.
Le but n’est pas de créer une fausse image.
C’est plutôt de s’assurer qu’une recherche effectuée aujourd’hui ne raconte pas uniquement une histoire datant d’il y a dix ans.
Imaginez ceci.
Votre site Web indique une chose.
Votre ancien profil professionnel en indique une autre.
Votre page Facebook utilise encore une vieille description.
Une entrevue publiée il y a douze ans parle d’une entreprise qui n’existe plus.
Et votre biographie actuelle se trouve seulement sur une page que presque personne ne consulte.
Pour un humain, il est généralement possible de comprendre que certaines informations sont simplement dépassées.
Pour une machine qui tente de rassembler rapidement de l’information provenant de plusieurs sources, les contradictions peuvent rendre votre identité plus difficile à comprendre.
La solution n’est donc pas de répéter exactement le même texte partout.
Il faut plutôt que les informations importantes soient cohérentes :
votre nom, votre entreprise, votre domaine d’expertise, votre parcours, vos projets actuels et vos principales activités.
Il faut aussi éviter une idée reçue.
Il n’existe pas une seule « réputation IA » permanente enregistrée quelque part.
Une réponse peut varier selon la question posée, les sources disponibles, leur actualité et l’outil utilisé.
OpenAI avertit d’ailleurs que les résultats de recherche peuvent être incomplets ou contenir des erreurs et recommande de vérifier les informations importantes dans les sources originales. OpenAI Help Center
Autrement dit, essayer de « contrôler ChatGPT » comme on cherchait autrefois à contrôler un résultat Google précis serait probablement une mauvaise façon d’aborder le problème.
Il vaut mieux travailler sur quelque chose de beaucoup plus fondamental :
la qualité de l’information disponible à votre sujet sur Internet.
Quand je relis aujourd’hui l’article du Journal de Montréal de 2017, un détail me fait sourire.
On y parlait notamment de Google+, un réseau social qui a depuis disparu. Guide Sabbatique
Mais le principe expliqué dans l’article n’a pratiquement pas changé.
Les plateformes passent.
Les technologies changent.
Les habitudes évoluent.
Mais les traces laissées sur Internet peuvent rester là très longtemps.
C’est pourquoi je conseillerais aujourd’hui à quelqu’un de penser moins en termes de plateformes et davantage en termes d’identité numérique.
Je commencerais encore de la même façon que je le faisais il y a près de dix ans :
chercher son propre nom.
Mais aujourd’hui, j’ajouterais une deuxième étape :
poser également des questions aux intelligences artificielles.
Cherchez votre nom dans Google.
Regardez Google Images.
Vérifiez LinkedIn et vos réseaux sociaux publics.
Puis demandez à différents outils d’IA ce qu’ils trouvent à votre sujet ou à propos de votre entreprise.
Pas pour prendre leurs réponses comme une vérité absolue.
Mais pour comprendre quelle histoire le Web permet actuellement de raconter à votre sujet.
Si les informations sont mauvaises, dépassées ou incomplètes, vous savez alors où commencer.
Depuis mes premières années en référencement et en gestion de réputation, une chose n’a finalement pas beaucoup changé.
Il n’existe pas de bouton magique pour reconstruire une réputation sur Internet.
Il faut du temps.
Du contenu.
De la cohérence.
Des sources crédibles.
Et surtout une véritable présence derrière tout ça.
L’intelligence artificielle rend cette réalité encore plus évidente.
Publier vingt textes génériques générés automatiquement ne remplacera jamais vingt années d’expérience, de véritables projets, des entrevues, des clients, des réalisations et une histoire professionnelle documentée.
Si je devais aujourd’hui mettre à jour l’entrevue que j’avais donnée au Journal de Montréal, je conserverais presque le même conseil.
Ne vous contentez pas d’essayer de faire disparaître ce que vous n’aimez pas.
Construisez plutôt une présence numérique suffisamment forte pour représenter qui vous êtes réellement aujourd’hui.
La différence, c’est qu’en 2017, je regardais principalement la première page de Google.
En 2026, je regarderais aussi ce que répondent ChatGPT, Gemini et les autres moteurs utilisant l’intelligence artificielle.
Parce qu’après « Google-moi », nous entrons tranquillement dans l’époque du :
« Demande à l’IA qui je suis. »