De Google à l’IA : comment gérer sa réputation numérique en 2026

Il y a quelques années, Isarta Infos m’avait interviewé dans un article intitulé « Nettoyer sa réputation sur les réseaux sociaux ».

La question était déjà très actuelle :

Que faire lorsqu’une photo, un article ou une information gênante apparaît parmi les premiers résultats lorsqu’on cherche notre nom sur Google?

À l’époque, ma réponse était essentiellement de regarder la force du contenu en question.

Est-ce publié sur un grand média?

La page a-t-elle été beaucoup lue ou partagée?

Le site possède-t-il une forte autorité?

Parce que plus une page est importante aux yeux des moteurs de recherche, plus il peut être difficile de la faire disparaître.

Le Web a énormément changé depuis.

Mais ce principe demeure.

Ce qui a changé, c’est qu’en 2026, Google n’est plus le seul endroit où notre réputation numérique se construit.

Il faut maintenant ajouter les réseaux sociaux, les plateformes vidéo et surtout les outils d’intelligence artificielle comme ChatGPT.

À l’époque, mon conseil était de créer du contenu

Dans l’article d’Isarta, j’expliquais une stratégie relativement simple :

« L’idée est de créer du contenu positif non seulement sur votre nom ou votre marque, mais aussi sur les mots clés qui y sont associés. »

C’était du référencement.

Lorsqu’un contenu négatif occupait une place importante dans Google, l’idée n’était pas nécessairement de réussir à le faire supprimer.

Il fallait parfois créer suffisamment de contenu pertinent et crédible pour que Google dispose d’autres résultats à présenter.

Un site Web.

Des articles.

Un profil LinkedIn.

Des vidéos YouTube.

Des publications sur les réseaux sociaux.

À l’époque, l’article mentionnait même Google+.

Cette plateforme n’existe évidemment plus.

Mais la stratégie de fond est encore valable.

En fait, avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, elle devient probablement encore plus importante.

Aujourd’hui, votre réputation existe à plusieurs endroits

En 2017, je regardais principalement ce qui apparaissait dans Google.

Aujourd’hui, je regarderais beaucoup plus large.

Une personne qui veut savoir qui vous êtes peut consulter Google, LinkedIn, Facebook, Instagram, YouTube, TikTok, Reddit ou simplement poser une question à ChatGPT.

Et ces différentes sources peuvent raconter des histoires complètement différentes.

Votre site peut présenter votre carrière actuelle.

LinkedIn peut contenir votre parcours professionnel.

Un ancien média peut raconter quelque chose qui s’est produit il y a quinze ans.

Une vieille publication Facebook peut encore circuler.

Et une intelligence artificielle peut tenter de réunir plusieurs de ces informations dans une seule réponse.

C’est là que la gestion de réputation devient beaucoup plus intéressante.

ChatGPT est aussi devenu un moteur de recherche

Un changement important depuis mon entrevue avec Isarta est que ChatGPT peut maintenant effectuer des recherches directement sur Internet.

OpenAI explique que ChatGPT Search peut utiliser des informations récentes provenant du Web et fournir des liens vers les sources utilisées. OpenAI

Cela signifie qu’un internaute n’est plus obligé de chercher :

Martin Decelles

ou

Nom de l’entreprise + avis

dans Google.

Il peut simplement demander :

« Que sais-tu de cette personne? »

« Quelle est son expérience? »

« Est-ce que cette entreprise est fiable? »

« Que disent les gens de cette compagnie? »

L’interface change, mais derrière la réponse, la qualité des informations disponibles sur le Web demeure extrêmement importante.

Le site Web redevient central

C’est assez ironique.

Pendant quelques années, certaines personnes ont commencé à penser qu’un site Web personnel ou corporatif devenait moins important à cause des réseaux sociaux.

Je pense que l’IA contribue plutôt à lui redonner de la valeur.

Votre site est l’un des rares endroits où vous contrôlez réellement votre présentation.

Vous pouvez expliquer clairement :

qui vous êtes, ce que vous faites, votre expérience, vos réalisations, vos projets, vos publications et votre parcours.

Et ces pages peuvent également être découvertes par les moteurs utilisant l’intelligence artificielle.

OpenAI indique d’ailleurs qu’un site public peut apparaître dans ChatGPT Search et recommande aux éditeurs souhaitant être découverts de permettre l’accès à son robot de recherche OAI-SearchBot. OpenAI Help Center

Voilà pourquoi je ne conseillerais certainement pas d’abandonner son propre site au profit des réseaux sociaux.

Au contraire.

Créer du contenu positif ne veut plus dire « remplir Google »

Il y a cependant une chose que je changerais dans ma façon d’expliquer la stratégie aujourd’hui.

L’objectif ne devrait pas être simplement de produire beaucoup de contenu positif pour pousser une page négative vers le bas.

Avec l’IA générative, produire cinquante articles génériques est devenu extrêmement facile.

Le volume n’a donc plus la même valeur.

Aujourd’hui, je chercherais plutôt à créer du contenu qui prouve quelque chose.

Une vraie réalisation.

Une entrevue.

Une expérience professionnelle.

Une étude de cas.

Un projet.

Une vidéo.

Une opinion basée sur une expérience réelle.

Une mention par une source indépendante.

Une page qui explique clairement votre parcours.

L’objectif n’est plus uniquement de remplir les résultats de recherche.

Il faut donner suffisamment d’information fiable pour que Google, les réseaux sociaux, les internautes et éventuellement les systèmes d’IA puissent comprendre correctement qui vous êtes.

La cohérence devient essentielle

Voici un problème que je vois devenir de plus en plus important.

Une personne peut avoir cinq versions différentes de son identité sur Internet.

Son site Web dit une chose.

LinkedIn en dit une autre.

Facebook contient une ancienne description.

Un vieil article parle d’un emploi qu’elle occupait il y a quinze ans.

Une ancienne entreprise existe encore dans certains répertoires.

Pour un humain qui prend le temps de lire toutes ces pages, il est généralement assez facile de reconstruire l’histoire.

Une intelligence artificielle doit elle aussi tenter de distinguer ce qui est ancien, récent, fiable ou contradictoire.

C’est pourquoi je considère aujourd’hui la cohérence de l’identité numérique comme une partie importante de la gestion de réputation.

Cela ne veut pas dire copier exactement la même biographie partout.

Mais les faits importants devraient être clairs et cohérents.

L’IA ajoute aussi un nouveau problème : elle peut se tromper

Une page Google existe.

On peut cliquer dessus et lire exactement ce qu’elle contient.

Une réponse générée par intelligence artificielle fonctionne différemment.

L’IA peut résumer plusieurs sources, reformuler une information ou produire une réponse inexacte.

OpenAI avertit lui-même que les résultats de recherche et les réponses peuvent être incomplets, dépassés ou incorrects et recommande de vérifier les sources lorsque l’information est importante. OpenAI Help Center

Pour la réputation numérique, cette nuance devient importante.

Il existe maintenant deux problèmes possibles :

une mauvaise information publiée sur Internet

et

une mauvaise interprétation ou une information erronée produite par une IA.

Ce n’est pas exactement la même chose.

Le Canada commence justement à s’intéresser à cette question

La protection de la vie privée et l’intelligence artificielle ne sont plus des sujets théoriques au Canada.

En mai 2026, le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada, avec ses homologues du Québec, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique, a publié les conclusions d’une enquête concernant ChatGPT.

Parmi les problèmes identifiés figuraient notamment des inexactitudes factuelles concernant des renseignements personnels ainsi que des questions entourant l’accès, la correction et la suppression de ces renseignements. Office of the Privacy Commissioner

Les régulateurs canadiens rappellent également que les technologies d’IA doivent respecter les lois applicables en matière de protection des renseignements personnels. Office of the Privacy Commissioner

Cela ajoute une dimension juridique à quelque chose que nous abordions autrefois principalement comme un problème de SEO.

Il faut maintenant faire un audit Google… et un audit IA

Dans l’article d’Isarta, une méthode simple était proposée pour voir ce que les autres pouvaient découvrir sur nous :

se déconnecter de ses comptes et regarder ce qui est public.

Je conserverais encore ce conseil.

Mais en 2026, j’ajouterais plusieurs étapes.

Je chercherais mon nom dans Google.

Je regarderais Google Images.

Je vérifierais mes anciens profils sociaux.

Je chercherais les versions anciennes de ma biographie.

Je vérifierais LinkedIn, YouTube et les principales plateformes où mon nom apparaît.

Puis je poserais les mêmes questions à plusieurs systèmes d’intelligence artificielle.

Par exemple :

« Qui est Martin Decelles? »

Puis :

« Quelle est son expérience professionnelle? »

Ou encore :

« Que trouve-t-on publiquement à son sujet? »

Le but n’est pas de considérer la réponse de l’IA comme la vérité.

C’est de découvrir comment votre présence numérique peut être interprétée.

Ce que je disais à Isarta était finalement assez prémonitoire

À l’époque, mon conseil était de créer du contenu autour de votre nom, de votre marque et des sujets qui vous définissent.

Aujourd’hui, je formulerais le conseil un peu différemment :

créez suffisamment de contenu crédible pour que votre identité numérique raconte votre véritable histoire.

Pas une histoire fabriquée.

Pas cinquante articles écrits uniquement pour manipuler un moteur de recherche.

Votre histoire réelle.

Votre expertise.

Vos projets.

Vos réussites.

Et aussi suffisamment de contexte pour que de vieilles informations ne deviennent pas, à elles seules, votre identité numérique.

En 2017, il fallait penser comme Google. En 2026, il faut aussi penser comme une IA.

C’est probablement le plus grand changement depuis cette entrevue.

Autrefois, mon travail consistait beaucoup à comprendre pourquoi Google plaçait une page devant une autre.

Aujourd’hui, cette question existe toujours.

Mais il faut en ajouter une nouvelle :

si une intelligence artificielle devait expliquer qui vous êtes en utilisant ce qu’elle trouve sur Internet, disposerait-elle des bonnes informations?

Votre réputation numérique ne se résume donc plus aux dix liens qui apparaissent sur la première page de Google.

Elle repose sur une quantité d’informations dispersées sur Internet et sur la façon dont les humains — mais maintenant aussi les machines — peuvent les interpréter.

C’est pourquoi, presque dix ans après cette entrevue, je conserverais le même principe :

on ne bâtit pas une réputation numérique en essayant uniquement de faire disparaître le négatif.

On la bâtit surtout en donnant au Web suffisamment de bonnes raisons de raconter le reste de l’histoire.